vendredi 30 août 2013

C'est la rentrée, les gros cons sont de sortie

Quitter le Brésil c'est aussi quitter la peur permanente de se faire agresser, l'obligation de se contenir face aux incivilités et aux injustices de peur de se prendre une balle entre les deux yeux. C'est ne plus craindre à chaque instant de se faire renverser par une voiture ou une moto. C'est laisser derrière soi la peur de la conduite du chauffeur de bus. C'est ne plus assister à des scènes de racisme, ordinaires mais violentes. Parmi les choses qui nous motivaient à revenir vivre en France, on trouvait la joie de retrouver le calme des rues d'une petite ville française, les pots catalytiques, les pistes cyclables, l'espace public agréable pour tous, une conception du vivre ensemble basée sur l'égalité et la fraternité. Rentrer en France, c'était revenir à une petite vie pépère...


Même si on nous laisse croire encore que la France compte des territoires de non-droit, confisqués. Même si on nous tente de nous convaincre que les femmes musulmanes voilées méritent d'être montrées du doigt, agressées ou verbalisées parce qu'elles menacent la conception française du vivre ensemble. Même si on tente de nous convaincre que les Roms sont la cause de tous les maux. Même si on tente de nous faire avaler que la France est gagnée par des comportements inadmissibles de la part d'"étrangers" (parfois ils ne le sont pas) non intégrables dans la culture française.

Et pourtant, je souhaite témoigner des incivilités constatées depuis notre retour. Et il se trouve que les deux dernières heures ont été particulièrement riches. Alors incivilités, délits ou simplement grossièretés, les Brésiliens n'ont vraiment rien à envier aux Français! Et les Français n'ont certainement pas à faire la leçon sur l'incivilité de ceux qui résident dans notre pays!

Voici le florilège des incivilités auxquelles j'ai été confrontée.Tout le monde en a pour son grade: vieux, handicapés, agents de service public, jeunes et même les flics...

La première, malheureusement est quotidienne. La voirie a été réaménagée dans mon quartier en "zone de rencontre" avec de larges trottoirs, des stationnements en épis...L'espace dévolu aux piétons étant en principe plus large, confortable. Et pourtant chaque jour, matin et soir, les voitures viennent se garer sur ces trottoirs et les piétons ne peuvent plus circuler. En cause? les touristes de passage, certes, mais aussi les riverains. Ainsi ce vieux bonhomme, le roi du stationnement sur le trottoir depuis toujours. Il a 80 ans et une plaque "handicapé sur la voiture.

La deuxième, en tant que cycliste. Les chauffeurs de voiture ne voient pas toujours les cyclistes et ne voient pas tous les dangers auxquels nous sommes confrontés. L'autre jour, c'est un type au volant de son break qui s'est mis à faire une marche arrière en pleine voie et à tourner ainsi vers la gauche. J'étais à sa droite, mon vélo a été touché. J'ai eu peur. Il a eu l'air étonné que je frappe au carreau pour lui demander des excuses. Il doit sûrement penser que c'est aux vélos de faire gaffe...

La troisième, aujourd'hui-même, dans le centre-ville. Encore un vieux au volant d'une grosse voiture, garé dans un tournant d'une rue semi-piétonne du centre ville. Il empêche la navette (petit bus) de manœuvrer. Le chauffeur de bus  prend son mal en patience, attend, ne force pas le passage, mais le vieux reste dans sa voiture. Au bout de 5 minutes, il descend et va dire d'un air cynique au chauffeur de la navette: "Tu ne peux pas avancer, hein? Ben reste là, je bougerai pas"...et de retourner dans sa voiture, pendant que le flot de voitures bloquées s'accumule.

La quatrième, 30 minutes plus tard. Je sors de ma place de stationnement, je constate un ralentissement car un pont est levé et les voitures sont à l'arrêt. Une voiture déboule en marche arrière à toute vitesse, 50 ou 70 km/h au moins. Je prends peur. Je klaxonne. Le passager du véhicule, un jeune mec, blanc, sort et s'avance vers moi: "Qu'est-ce que t'as espèce de conne? C'est bouché, alors je recule. T'es malade ou quoi? Il est où le problème". Ok. Il n'y a pas de problème. Tout va bien. Ce branleur s'amuse à me faire peur et s'éloigne en continuant de m'insulter. J'ai pris peur, car à Rio, j'aurais pu me prendre une balle dans la tête pour avoir provoqué une petite frappe. Mes peurs sont remontées à le surface. Mais on est en France, en principe les gens ne se promènent pas (encore) armés...

La cinquième, ce soir, à la gare. On fait la queue au guichet. Une vieille dame est devant nous et demande à l'agent de la SNCF: "Il y a bien un train pour Lille dimanche à 12H32?". Le guichetier lui répond "Je ne sais pas, je n'habite pas ici, moi, Madame. Vous avez vérifié les horaires?". La dame de répondre "euh...oui...c'est ce que je vous demande...".

Sous le choc de ma journée, et pressée de rentrer à la maison, je demande à mon mari de conduire. Il roule tranquille, respecte les limites de vitesse...à 30 Km/h dans le centre ville. On se fait doubler par la droite par une voiture de flics, sans gyrophare. Soit. On arrive à un feu. C'est vert, on passe....Sauf que sur notre droite arrivent à toute vitesse trois voitures et une moto...ils avaient grillé le feu rouge.

Bref, ça fait beaucoup pour moi ce soir.

On devait partir à la Braderie de Lille demain. On restera à la maison finalement! La Braderie est depuis toujours dans mon souvenir associée à deux traumatismes. Le premier, mon copain d'il y a 16 ans, noir, tabassé à coups de poings et de pieds par une bande de racailles, des maghrébins. Le deuxième, mon frère, frappé à coups de bouteille en verre par une autre bande de racailles, des blancs. Et avec ça, je ne vous parle même pas de mon vélo hollandais volé la veille de la braderie il y a 17 ans, ni de mon portefeuille qui a disparu.

Mais soit. J'ai toujours voyagé en toute confiance, en n'ayant peur de rien ni personne. Je n'ai jamais succombé au discours sur le "sentiment d'insécurité", et pour être honnête, je crois que je ne ressens jamais de crainte nulle part...C'est au Brésil que mon mari m'a appris à faire gaffe. 

Mais ce soir, j'ai perdu un peu de ma confiance en l'être humain, j'ai peur de l'indifférence croissante entre les gens, j'ai peur des gens qui campent sur leurs positions, cherchent le conflit et accusent des boucs émissaires. Je regrette l'individualisme et l'indifférence. Je regrette la grossièreté et le manque de courtoisie. J'ai peur qu'un jour ces comportements impulsifs deviennent dangereux parce que des armes circuleront. J'ai peur parce qu'au Brésil comme ici, ces comportements ont une même origine: l'orgueil, le complexe de supériorité, la bêtise, l'impulsivité, l'indifférence et l'égoïsme. La connerie, quoi.

Et comme disait Sophia Arram "avec les gros cons, quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a plusieurs que ça pose problème."

Et là, je crois qu'on a un très gros problème!

PS: à l'heure où je terminais ces lignes, une voiture folle a foncé dans la foule de fêtards à la Braderie de Lille, faisant 25 blessés. Au volant, une femme qui a d'abord roulé sur le pied d'une personne, puis a continué à foncer dans le tas alors que les gens protestaient.

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